Rassegna storica del Risorgimento

1848 ; ECONOMIA ; MOVIMENTO OPERAIO ; SAVOIA ; SOCIALISMO
anno <1955>   pagina <310>
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310 Paul Guichonnet
oonsistuaient la punition officielle do la fabriquc. Une vieille rattacheuse, évoquant ses souvenirs d'enfancc, déclaxait à Barut: Àvec lo travail de nuit, nos ìuisèrcs augmentèrent. Une semaine, il fa Hai t travailler de jour et l'autre do nuit. Or rieu n'eat si nuisible à la sante des enfants cornine le travail de nuit. Le sommeil du jour ne vaut point celui de la nuit; impossible qu'il puisse le rcmplacer efficacement; aussi, daus le courant de la veillée, les rattacheurs et Ics rattacheuscs chancelaient sur leur travail. Hélas, l'implacable fileur qui nous guettait sans rclàchc, nous réveillait illieo cu nous appliquant des coups de tringle sur la tetc. Ma foi, les cuisantes meurtrissures triomphaieut sans peine des exigences du dicu Morphée... Un retard de ciiiq niinutcs valait au rattacheur une terrible rosséc; quand il s'agissait d'une rattacheuse, l'incxo-rable fileur l'attrapait par sa tignasse, la soulevait en l'air et lui arracheit ainsi des poignées de cheveux. D'autres fois, il flanquait à terre la malheu-reuse en proférant ses grossiers jurons tels que sacrée rosse, sale charogne, je me chargerai de t'óter le péché de paresse. Puis, nous voilà séquestrées jusqu'à midi, constamment sur le quivive des injurcs, soufllets, coups de tringle sur les doigts à tout propos. Àvec ca, la fringale et la défense de manger était sevère...
Les malheureux ouvriers ne pn u vaicn t, avec des salaircs aussi modiques, 80 nourrir convenablement. Logés dans des mansardes ou sur le derrière d'une triste baraque, ils gagnaient le bazar à cinq sous ainsi nommait-ils la filature avec une assiettée de soupe maigre dans le ventre et, pour leur repas de midi, quelqucs pommes de terre froides, cuitcs la veille, sous la cen-dre. Le pain meme était trop cner pour eux et seules les fetcs solcnnelles les voyaient s'offrir le luxe d'un morceau de pain frais et d'une sancisse à deux sous, àdemi avariée. Quant aux enfants, ils mendiaient un supplément chez les gens charitables. Aux portes des maisons, nous glapissions l'écocurant appel '* pour l'amour de Dieu, ayez pitie des rattacheurs . Les bons citadins, connaissant notre douloureuse position, s'empressaient de nous distribuer les restes de leur table. Us frissonnaicnt d'émotion en voyant notre face sépul-crale... Nous cherchions tristement, au coin des rues, un morceau de pain égaré dans les balayures, ou des fruits corrompila jetés à la voirie par les marchands des quatre saisons... Les rattacheurs ròdaicnt nu-pieds, nu-tète, couverts de loques; d'autres étaient chaussés de gros sabots usés, bizarrement vètus d'un pantalon d'homme rogne à la hauteur du genou et d'une trop longue redingote dont une main ballabile s'était borné à raccourcir simplement la queue....
On devine, dans ces conditions, combien terrible dut-ètre la misere ou-vrière, au cours des crises économiques de 1846-1849 et 18531855 qui rava-gèrent la Savoie. La main d'oeuvre des enfants était décimée par la morta-lite et Barut rapporte que, chaque moia, deux ou trois de ces malbcureux succombaient. Il était ccpendant, presque impossible de bitter contre cette exploitation car les industriels étaient protégés par la loi et détenaient le monopole de l'emploi. Ils étaient également à la tetc du Bureau de bienfai-sance et l'ouvrier était entièrement à leur merci. Perso nne n'osait por ter plain-tc aux autori tés Iorsque les fileurs et contremaitres exercaicnt des sévices sur les enfants. Ccpendant, les propriétaires de la filature distribuaicut aux ac-tionnaires des dividendes de 50 à 80 , tout en geignant sans cesse qu'ils faÌ8aient de mauvaises affaires et qu'ils nous faisaient travailler par charité.