Rassegna storica del Risorgimento

1848 ; ECONOMIA ; MOVIMENTO OPERAIO ; SAVOIA ; SOCIALISMO
anno <1955>   pagina <312>
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Paul Guichonnet
tant. Les Annéciens avaient beau lui reprochcr là notoire msuffisauce du sa-laire dea rattacheurs-mendiants. Il restait inflexiblc et brùlait les inoffensives suppliques dans l'atre de sa cheminée prussienne.... Bien mieux, la Manu-facturc royale était honoréc de la bieuveillance de Charles-Albert qui donna à ses dirigeants une marque publique de sa faveur. En 1845, le souveraìn fit, à traverà le Duché, un voyage, qui devait d'ailleurs ètre le dernier, accom-pagné de ses fils, Phéritier du trdne Victor-Emmanuel et le Due de Gencs. H recut partout un accueil enthousiaste et, à Annecy, après avoir été accueilli par les autorités, rendit visite à la Manufacture. Après le vin d'honneur, un repas Pattendait à la maison de l'industrieL Les princes tra versèrent les salles de la filature embellies de verdure, de fleurs champétres et de rubaus multi-colores car, depuis trois jours, les ouvriers s'affairaient à gratter Ics pian-chers, astiquer les machines et masquer un peu les parties sales des murs soit avec des feuillages, soit avec du papier multicolore. Tandis qu'une bril­lante reception déroulait ses fastes, les misérables rattacheuses ainsi que leurs collègues au ventre creux frappaient timidement aux portes des maisons charitables, implorant le secours d'une assiettée de soupe dont ils se régalaient à la sante du Roi....
Seul parmi les notabilités, un homme dut compatir au sort des infortunés travailleurs, Mgr Louis Rendu, éveque d'Annecy qui, en certe mème année 1845, ali ait faire entendre une voix eloquente pour dénoncer les scandales de la manufacture d'Annecy.
MONSEIGNEUR RENDU ET LA QT7ESTION SOCIALE.
La misere ouvrière annécienne n'était point, en cette epoque, une excep-tion, mais Jbien la règie commune, alors que l'attitude de Mgr Rendu, au con­traire, apparatt corame smgulièrement originale et bar die. Le premier en Savoie et sane doute dans les Etats sardes, il osa traiter du sort des travail­leurs dans son Mémoire sur le prolétariat, du 15 novembre 1845. Ce textc en fait l'uu des pionniers du catbolicisme social dans les pays de 1 angue frane.aise en un temps où, corame Pont note MM. Duroselle et Ch. H Poutbas, à l'epo­que de la Monarchie de Juillet on peut, sans aucun doute, ranger la totalité de l'épiscopat parmi les conservateurs. *) Les études de Mr Pouthas et du R. P. Droulers ont, en effet, établi que le haut clergé fraucais était exclu-sivement recruté dans Paristoeratie, ce qui explique qu'il soit reste à peu près totalement indifferent à la question ouvrière. On ne peut, en effet citer, que de très rares textes s'élevant coutre Pexploitation des travailleurs ou des enfants, dans les mandements du cardinal de Croy, arehevèque de Rouen ou de deux évéques de Cambrai, Mgr Belmas et Mgr Giraud.
La biographie de Mgr Rendu et les circonstances particulièrcs à l'épi­scopat savoyard peuvent sans doute expliquer en partie l'attitude courageuse du prélat annécien. Terre d'ancienne tradition catholique, la Savoie dcs au-nées 1848 était la pepinière d'un recrutement sacerdotal très abondant, d'où émergèrent des figures de premier pian qui joucrent un grand ròle dans Phis-toire intérieure des Etats sardes au XIXim8 siede. D'autre part, le clergé du
*) DunOSELLE [I], p. 235 btj.