Rassegna storica del Risorgimento
LAMENNAIS (DE) F?LICIT?
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J. B. Duroselle
souciait pcu. C'est un peu par hasard qu'il a mis l'éclat de son style au service de la cause ouvrière. Le premier article, de novembre 1822, a pour preteste une nouvelle société de patrons catholiques, fondée par des mcmbres de la Congrégation et surtout par un missionnaire , l'abbé LVvenforuck, la Société de Saint Joseph. Celle-oi s'cfforce de préserver la foi des jeunes ouvxiers en organisant pour eux des réunions, en les logcaut, en les instrui-sant. Or l'abbé Loivenbruck résidait à Paris dans une maison de la ruc Feuil-lantine en compagnie de plusieurs personnes pieuses, dont Fune, Mademoiselle de Lucinières, était une amie et correspondante de Lamennais. C'est M.lle de Lucinières qui, à plusieurs reprises, et notamment dans une lettre du 25 octobre 1822, demanda à Lamennais d'écrire une lettre qui pùt étre insérée dans quelques journaux, et dans laquelle vous plaideriez la cause de cette oeuvre. Or Lamennais est d'abord fbrt réticent, alléguant son travail principal (lettre du 10 novembre 1822). Il ne s'y résigne que quelques jours après.
Si Pon ex amine les écxits ultérieurs de Lamennais, on se rend compte qu'il ne se préoccupe plus du tout du problème ouvrier jusqu'en 1830. A cette date, dans ses articles du l'evenir, il n'en soufflé mot, tout préoccupe qu'il est par les problèmes politiqucs et religieux. Simplement il cncourage les efforts d'un economiste chrétien, Charles de Coux, qu'il semble rencontrer pour la première fois en 1830. Il lui ouvre largement les colonnes de VAvenir. Après la suspension de ce journal, il Pencourage à ouvrir, dans un salon pari-sien, une sorte de Cours prive d'economie politique chrétienne. Encorc en 1834, alors que de Coux vient d'ètre nommé professerò* à rUniversité de Louvain, il le pousse à poursuivre ses recherches, à avancer son travail qu'il aurait très difficilement termine à Paris. Il importe, ce me semble, qu'il n'éprouve pas de plus longs rctards.
Au total, on est amene à conclure que Lamennais, précurseur du chri-stianisme social, s'en est vraiment peu preoccupò. Nous serions donc amene à détruire la legende qui fait de lui le fondateur de cette tendance. Mais ce serait un peu exagéré. Car Lamennais a eu du moine le inerite d'étre le vision.* naire qui, chargé de faire un article de propagande sur la Société de Saint Joseph, trouve, de par son genie, le -moyen de predire revolution sociale en quelques phrases magnifiques.
Sur le catholicisme liberal, il est également traditionnel de considérer Lamennais comme le fondateur de ce mouvcment. Après la Revolution francasse et l'éehec total du clérgé constitutionncl, il apparaissait presque scandaleux d'associer les mots Dieu et Iiberté, comme le fit Lamennais dans VAvenir. Georges Weill, dans son Histoire du Catholicisme liberal, voxt dans l'onvrage de 1829: Du Progrès de la Revolution et de la guerre contro l'Eglise l'origine de la pensée de Lamennais et du catholicisme liberal. Là encore, des recherches plus récentes nous invitent à nuancer ce jugemcnt. D'abord, on trouve certains signes antérieurs chez Lamennais lui-m 6me, d'une évolution vcrs le libéralisme, par cxemple danslarevue qu'il patronnait : Le Mémorial catholique Ensuitc, de mémc que le catholicisme social com-mence d'abord pratiquement avec la Société de Saint Joseph, de méme le catholicisme liberal commence lui aussi pratiquement avec VUnionismo belge. L'cxcellcnt ouvrage de Henri Haag: Les origines du catholicisme liberal en Selgique (Louvain 1950) mentre quo l'idée de l'unionisme est due au