Rassegna storica del Risorgimento

LAMENNAIS (DE) F?LICIT?
anno <1956>   pagina <328>
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J. B. Duroselle
peut le croirc lorsqu'on Ut une lettre qu'il a écrite le 21 févricr 1829 au comtc de Scnft. Mais le peraonnagc dont nous avons cssayé de traccr la physio-nomie, l'intellectucl abstrait, se rctrouve intact à la suite de cette expéricnce, Inspirateur peut-étre du mouvement, Lamennais n'a jamais songé un seul instant à le diriger lui-méme. Bien plus, dès qu'il doit s'affironter aux prò-blèmes pratiques Lamennais s'en détache. Il est d'autre part fort mécontent de voir l'Àssociation fonder son propre périodique, le timide Correspondani, qui risque de rivaliser aveo le Mémorial cathottque. J'ai tout à fait perdu mon temps en établissant l'Àssociation catholique; elle aurait pu faire Beau* coup de bien; elle n'en fera aucun; et peut-étre fera-t-elle du mal. L'intri-gue est parvenue à se servir de Fimbécilité pour l'exploiter corame une entreprise. Les voilà qui, quoique j'aie pu dire, se mettent à publier un journal hebdoinadaire, dont le prospectus est un modèle d'insignii!ance et de plati-tude. Ce journal représentera les idées étroites et les opinions méticuleuses d'une coterie que je n'ai pas besoin de vous designer autrement, et si la crainte ne les retient pas, je serais bientót contraint de séparer publiquement de leurs politiques inénagements et de leurs idiotes condescendances, la vraie cause catholique. (Lettre au corate de Senft, 21 février 1829).
Encore une fois, nous voyons que Lamennais est, moins qu'on ne le croyait précedemnient, le fondateur des gxands mouvements catholiques francais au 19 sièclc.
De cette brève elude, qui pourrait evidemment etre étayée sur des textes beaucoup plus nombreux, et poussée vers d'autres épisodes de la vie de Lamennais, retenons seulement les deux conclusione suivantes:
La première est que Lamennais a été avant tout un pbilosopke, étran-ger aux considérations d'histoire et d'economie politi que, à l'action pratique, qu'il n'a en rien été un militant. Sa piume mise au services de sa pensée abstraite, était le seul moyen d'action qu'il se permettait. H en résulte, eomme nous l'avons vu, cet éclatant contraste entre une fidente opiniàtre à sa philosophie personnelle et une perpétuelle évolution de ses attitudes face au monde concret dans lequel il vivait.
D'autre part, Lamennais est beaucoup moins qu'on ne l'avait era, le fondateur des divers mouvements dont la somme constitne ce que l'on appelle aujourd'hni la Démocratie chrétienne. Presque toujours lorsqu'on examine de près les origines du ebristianisme social, du christianisme liberal et des partis politiques catholiques, on s'apercoit que Lamennais, momcntan-nément séduit par une initiative pratique a su trouver d'éclatantes formules pour lancez les mouvements nouveanx. Lamennais, dès qu'il sort de la théo-iie de la eonnaissance, est un prophète, un visionnaire. Universellement célèbres, ses prophéfcies et ses visions ont eu un étonnant retentissement. Tout cela a pu faire croire qu'il était l'initiateur. Ce n'est pas le diminuer que de rétablir plus exactement sa place dans le mouvement de la pensée francaisc et catholique dans la première moitié du 19* sièole;.
J. B. DUROSEtEE