Rassegna storica del Risorgimento
PIO VII ; CISALPINA (REPUBBLICA)
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1956
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431
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Le cardinal Chiaramonti, évèque d'Imola 431
Au lieu de publier une pastorale, l'évéque d'Imola prononca le jour de Noèl 1797, une homélie sur le thème qui lui avait été impose. Contrai-rement au cardinal Mattei, qui avait positivemcnt refusé d'obéir à un ordre analogue, en prouvant au Directoire, noir sur blanc, que la constitution de la Cisalpine était inacceptable pour un catholique, il consent à parler. Or, il n'est pas konime à parler pour ne rien dire. D'autres, pour se tirer d'affaire, sans se compromettre, auraient recouru à un style aussi conventionnel qu'imprécis et dévot et si bien noyé le poisson dans les flots de leur éloquence soicnnelle et vague que personne n'eut distingue la nature et la coulcur de celui-ci. Aborder carrément la question supposait bien du courage. Le cou-rage ne lui manque pas plus qu'à son collègue de Ferrare; il le pratique seule-ment sous une autre forme et dans un autre esprit que le cardinal Mattei.
L'évéque d'Imola parlerà pour dire quelque chose: en outre, il parlerà exclusivement en evéque, s'interdisant tonte immixtion dans la politique, cai son caractère, sa mission, son devoir pastoral l'obligent à précher TE vangile et l'Evangile seul. Se consacrer dans les lieux saints à l'explication de loxs purement civiles et politiques attirerait sur lui la colere du ciel et le mécontentement de son troupeau, écritil au commissaire Monti.
Esprit très ouvert, très averti des tendances et de la pensée xnodernes, il melerà aux arguments d'une haute théologie, des arguments empruntés à la pbilosopbie du siede, s'inspirerà de Montesquieu, s'appuiera mème sur Jean-Jacques Rousseau qu'il citerà tout au long. Sans rien abandonner de la doctrine, son homélie se garde de repousser ce que peuvent présenter d'acceptable les conceptions des temps nouveaux. Quant aux erreurs qu'elle doit condamner, elle les condamne, mais avec un tact, une fermeté douce, une adresse qui visent à rapprocber dans la lumière et la charité du Cbrist.
De ce long discours, on se borne généralement à extraire le passage sur la forme du gouvernement démocratique qui n'est pas en opp ositi on avec l'Evangile . Les nettes déclarations qu'il comporte, dans le climat et la psy-chologie de l'epoque, ne laissèrent pas en effet de causer quelque seusation. Depuis des siècles, on ne connaissait dans les pays catholiques que le gouvernement monarchique absolu et on n'appliquait qu'à celuici le précepte divin de souminission à la puissance temporelle. Bossuet, faussant la théologie, n'avaìtil mème enseigné que la monarchie était de droit divin ? Dans ces pays catholiques, le gouvernement monarchique faisait en outre du catho-lieisme la religion de l'Etat. Le précepte divin de soumission à la puissance temporelle pouvaitil s'appliqucr à un regime aussi nouveau et insolite que la démocratie ? Ne fallait-il pas au contraire, réprouver ce regime démocratique et le réprouver d'autant plus que sa constitution et sa législation s'aver aient eontraires aux principes de l'Eglise ? Avouons que la malencontreuse politique antireh'gieuse de la Revolution donnait aux antidémocratcs des armes faciles que beaucoup d'entro eux ne inanquaient pas de m arder, pour étabb'r qu'entre la RépubUquc et l'Eglise existait une radicale incompati-bilité. Barruel ne prétendait-il pas prouver que la Revolution était une oeuvre essentiellement satanique ?
Or, contre cette soi-diaant inconipalibilité, qui existerait entre la forme démocratique et l'Eglise, le cardinal Chiaramonti n'hésite pas à se prononcer de facon très catégorique. C'était redresscr une funeste déviation de certains théologiens. Crétait. disaiper l'équivoque fatale entrctcnu de part et d'autre,