Rassegna storica del Risorgimento
TRIVULZIO CRISTINA
anno
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1971
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202
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Yyorine Knibiehlcr
Par contee coup, Miguel jugé incapable de inettre au pas cette amazone est sonpconné d'insuffisanee virile: G. Pianelle le compare à une jeunc religieuse qui va prononcer ses voeux, Henri Heine se moque de aes boucles blondes trop bien peignées; AHain-Targé ira jusqu'à pretendre que sa voix explique son célibat. Sons le Second Empire, il se trouvera un témoin, probablement naif, pour évoquer, en termes trop iusistants, raffection réciproque qui unissait Miguel et Victor Cousin... Mais pendant qu'on suppose la princesse lèsbienne, et Mi-gnet impnissant on homosexuel, on n'en chuchote pas moins sur les fornieations qu'ìls commettent ensemble.
Toutes ces insinuations, si évidemment calomnieuses, la psychosociologie aide à les interpréter. Elles relèvent d'une conception generale des rapporta entro l'homine et la Eemme, celle mème qui inspire le Code Ch'il : la femme n'est rien d'autre que la femelle de Fhomme; sa relation avec le monde ne se fait que par l'intermédiaire de l'amour qu'elle éprouve pour un hoimne. Cesi pour-qnoi, toutes les initiatives de la princesse Belgiojoso sont incomprises dans leur sens authentiqiie et interprétées corame des dévergondages sexuels: ce n'est pas la musique qu'elle aime, c'est le musicien; ce n'est pas la passion politique qui l'anime, c'est son penebant pour un conspirateur. De tels préjugés sont bat-tus en brèche par la présenee d'un amunt en titre: qu'à cela ne tienne, on le proclamo défaillant Àu surplus, dans la mème optique, le caractère de Miguel n'est pas conforme aux canons de la virilité; comme on voulait altribuer anx hommes et aux femmes des tàches très différeutes, on voulait aussi leur trouver des qualités idoines: aux femmes, le foyer, les enfant, et par conséquent, la ré-serve, la douceur, la patience; aux hommes, les activités professionnelles et civi-ques, la lutte pour la vie, et par conséquent, l'audace, l'energie, l'efficacité. Or Miguel était discret, patient, fidèle; il poussait la modestie jusqu'à l'effacement (alors qu'après Juillet, il pouvait pretendre aux plus hautes fonctions) et le dé-vouement jusqu'à l'ahnégation : il avait des quali tés féminines ce qui était au moins ridicule en ce temps, et méme presque honteux. Alors que la princesse Belgiojoso avais des qualités masculines , l'initiative, le conrage, la persévé-rance, surtout le gout de l'action et de la lutte; aux yeux du monde bourgeois de 1830 ou 40, elle était presque un monstre, devant Iequel, la célèbre galanterie frangaise, conformiste et xénophobe, se sentait déliée de toul devoir. Au XXe siede, les potins nous aident à comprendre, que Mignet et Christine complémen-taires dans leur différence, aient pu s'aimer toute leur vie, au-delà des calomnies et des épreuves, et de la facon la plus naturelle.
Sana doute, la jeune femme était coquette et ne dédaignait pas les homma-ges. Mais on peut douter qu'elle aii été facile; les hommes qui lui ont fait la cour se sont plaints de sa froideur: le plus illustre est Musset, a qui le dépit dieta les Siunr.es iute morfei Balzac, qui n'aimait pas cette libérale, la dèe lare Impératrice , capable de se prèter, non de se donner.s) Ce coni por tement s'explique par les événements qui ont forme lo caractère de la princesse; orpheline de pére, élevée par sa mère et Bon bcau-père le prince Visconti d'Aragona (qui est un éléutent aetif du premier Risorgimento), son enfance a coniai les conspirations, les poursuites, le angoìssses de toutes sorte. Son mariage, à seize ans, n'est pour elle qu'un nouveau drame: elle a polirla ni épousé par ìnclination, mal gre les avcrtissemenis de sa fmille, le prince Emilio de Belgiojoso, beau comme
) Hevue des Deux Mondes, ler ontobra 1842.
3) IÌAIJMI, Lettrei à Vétnmgòre, Paria, Culnuuui Levy, 1306 i. 11, p. 417.