Rassegna storica del Risorgimento
ERRERA GIACOMO
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1986
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270
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270 Michel Dumoulin
Belgique et l'Italie. Or, Jacques Errerà fut sans aucun doute une de ces précieuses courroies de transmission au moment méme où le Due de Brabant, le futur Léopold II, attirait, dans un discours devant le Sénat de Belgique en 1860, l'attention des parlementaires et du monde des affaires sur l'importance des nouveaux marchés espagnols, russes et italiens. Toutefois, pour assumer correctement son ròle d'intermédiaire, le jeune Errerà, de fralche date en Belgique, a besoin d'un statut qui lui permette d'avoir pignon sur rue. Autrement dit, d'une manière plus prosaìque, d'étre pris au sérieux. A cet égard, la création par décret royal du 6 janvier 1859 d'un consulat de Sardaigne à Bruxelles et la nomination de Jacques Errerà aux fonctions de consul sont deux facteurs déterminants. 16> En effet, si les fonctions consulaires du jeune banquier ne sont guère mises à contribution par la minuscule colonie italienne de Bruxelles,17) elles le sont par les grosses commandes d'armes neuves et transformées passées par les mi-nistères italiens de la Guerre et de l'Intérieur à l'industrie liégeoise. ls> Ce ròle d'intermédiaire que jouent aussi mais de manière moins specta-culaire, le vice-consul d'Italie à Bruxelles qui n'est autre que Paul Oppenheim, beau-frère d'Errerà, et le consul à Liège, A. de Lhoneux19) conduit tout naturellement le banquier à chercher à en tirer profit sur d'autres plans, et notamment sur celui du placement des emprunts italiens dans le public. C'est ainsi qu'en novembre 1862, Errerà s'adresse à Marco Minghettì dans la perspective du nouvel emprunt dont la création serait demandée aux Chambres par le gouvernement italien. Après avoir rappellé son róle dans le paiement des commandes d'armes, le consul explique qu'il verrait avec plaisir dans l'émission de cet emprunt, l'occasion de donner plus de développement à [ses] affaires . *> On sait que l'emprunt de 1863 fut
15) B. S. CHLEPNER, Le marche fìnancier belge depuìs cent ans, Bruxelles, 1930, p. 47. Sur le climat des relations italo-belges au début de l'Unite, voir M. DUMOULIN, II Belgio ed il processo d'unificazione dell'Italia: 1861-1887, dans Atti del L congresso di storia del Risorgimento Italiano. Bologna, 5-9 novembre 1980, Rome, 1982, pp. 29-34, et IDEM, La reconnaissance du Royaume d'Italie par la Belgique en 1861, dans Revue d'Histoire Diplomatique, janvier-juin 1983, n 1-2, pp. 145-164.
16) Ministero degli Affari Esferi, Archivio Storico (AEI), Periodo 1861-1887, n 391, fase. 10, Protocollo 1859-1869, consolato di Bruxelles, note generale.
17) En 1862, 43 Italiens sont inscrits dans le registre du consulat! Méme en y incluant les personnes, souvent de condition modeste, qui ne se font pas inserire, il est évident, comme le note aussi le consul à Anvers, qu'on ne peut parler de colonie Italienne en Belgique. Sur les Italiens en Belgique durant le décennie 1860, voir AEI, n 857, consolato in Anversa, rapport annuel de Van Hourstraeten, 24.09.1863, rapports annuels de Luigi Salvini, 8.05.1866 et 13.01.1868; de Dalla Torre, 8.11.1869; n 866, rapports d'Errerà, 10.02.1862 et 17.03.1864.
i) Le détail de cette questlon dans M. DUMOULIN, Les relations économiques Ualo-belges, 1861-1914, à parai ire dans les mémoircs de l'Académie Royale de Belgique.
'9) Le consul A. de Lhoneux était Ile à l'industrie armurière liégeoise.
2) Bologne, Biblioteca dell'Archiginnasio, Carteggio Minghettì, cartone 19, Errerà à Minghettì. Bruxelles, 19 novèmbre 1862.