Rassegna storica del Risorgimento

CERUTTI GIUSEPPE ANTONIO; CERUTTI GIUSEPPE ANTONIO OPERE BIBLIO
anno <1989>   pagina <147>
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Giuseppe Antonio Cerniti
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L'injonction expresse de plusieurs cahiers? Elle est annullée de fait par l'injonction contraire de cahiers plus nombreux; et d'ailleurs tous les liens tissus par des intérèts locaux tombent d'eux-mèmes devant l'intérét general, dont la voix sera si forte, si tonnante, qu'elle en imposera aux provinces les plus rebelles, et aux corps les plus réfractaires.
La menace des protestations? Elles paroitront ridicules en face de la nation réunie, et les protestans sembleront devant elle une troupe d'en-fans mutins au milieu d'une famille immense.
Le départ de quelques nobles et de quelques ecclésiastiques? Ce départ seroit à souhaiter; il feroit tomber leur masque et leur opposition: mais ils se garderont bien de fuir ainsi, et ils céderont à l'ascendant universel qui les enchainera.
La dissolution des états généraux? Elle est impossible; ils seront enracinés pour cette fois, parce que le tiers-état, qui compose la tige principale, tiendra ferme, et ne se laissera ni déraciner ni ébranler. En supposant que la noblesse et le clergé fussent assez imprudens pour se retirer, resteroient le monarque et le peuple qui, de concert, feroient la loi, et fonderoient un gouvernement plus monarchique et plus populaire ensemble.
La guerre civile? Que pourroient deux cent mille nobles contre tant de millions d'hommes! et que pourroient cent abbés ou évéques contre trente à quarante mille curés? Si jamais la di vision éclate entre les trois ordres, les deux premiers sont anéantis; leur arrèt est prononcé dans tous les cceurs.
La banqueroute publique? Jamais elle ne sera moins à redouter qu'alors. En effet, le tiers-état, anime par la défection des deux autres ordres, accorderoit plus qu'on n'accorderà sì les trois ordres sont d'intel­ligence. D'ailleurs on seroit en droit alors de confisquer, d'imposer, d'abro-ger au gre du public les bénéfices ecclésiastiques et les droits seigneu-riaux, et de restituer ainsi à la masse commune tout ce que la vi ol enee, la fraude, la sottise et le temps en ont détourné.
Je viens de parcourir, Monsieur, les objections; elles disparoissent en les regardant. Vous m'en ferez peut-ètre une personnelle; vous m'ac-cuserez de me livrer à mon enthousiasme, et vous me demanderez si, dans rhypothèse que mon enthousiasme se trompe, et que celui de la nation assemblée n'existe pas tei que je le prédis, ou ne produise pas tout ce que l'en attends, vous insisterez toujours, malgré tout le monde, sur l'opinion par téte. Eh bien, supposons qu'à la vue des cordons bleus, des plumes flottantes sur les chapeaux aristocratiques, des croix d'or pendantes sur les poitrines épiscopales, de toutes les décorations puériles de la vanite aulique et de l'orgueil satrape, l'esprit populaire, confondu, humilié, oublie ses droits et ceux de la patrie; supposons que la rage des distinctions l'emporte, il reste un moyen de la satisfai re en l'éludant: ce n'est pas de diviser l'assemblée en différens bureaux.
Ce stratagéme seroit funeste, parce qu'il causeroit les mèmes désordres que les bureaux ont causés parmi les notables. Dans un bureau domi-neroient les nobles; dans un autre domineroient les prètres; dans un autre, ies magistrats; dans un autre, les perturbateurs plutót que les dirécteurs des idées. L'esprit public alors seroit coupé en morceaux; il