Rassegna storica del Risorgimento

CERUTTI GIUSEPPE ANTONIO; CERUTTI GIUSEPPE ANTONIO OPERE BIBLIO
anno <1989>   pagina <150>
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150 Mario Battaglini
A LA MÉMOIRE AUGUSTE DE FEU MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
PÉRE DU ROI.
Lorsque vous viviez, Prince magnanime, la Nation ne connoissoit qu'à demi les vertus supérieures qui préparoient en silence sa prospérité. Ces vertus eclatèrent en disparoissant. Il fut permis alors à la reconnoissance de révéler son admiration. Vous avez daigné, grand Prince, vous com-muniquer à des Hommes qui avoient la réputation d'étre instruits, et ils vous trouverent plus instruit qu'eux-mèmes. J'ose me vanter d'avoir été du nombre, non pour me créer un titre orgueilleux, mais pour vous rendre un solemnel hommage. Aucune de vos pensées n'a été perdue pour moi, et j'ai grave dans mon souvenir vos paroles aussi religieusement que vos bontés. Il est une de ces paroles mémorables qui mérite d'étre impri-mée sur le marbré et l'airain. Elle semble un oracle prononcé pour la circonstance où. nous sommes. Le Tiers-État, disiez-vous dans des Notes écrites de votre main sur l'esprit des Lois, le Tiers-État est le sevi Orare qui possedè naturellement l'esprit public, parce qu'U est éloigné de tout esprit de Corps.
Quel est l'intérèt du Tiers-État? Le bien de la Nation. Le Peuple est le seul corps qui ne vive pas d'abus, et qui en meure quelquefois. Voilà toute la cause populaire renfermée en un seul principe. Je l'ai développé en ce Mémoire. C'est à vous, Prince généreux, que j'offre le Commentaire de vos propres pensées. Hélas! elles ne sont pas celles de tous les 'Grands! Que dis-je? En ce moment mème, des Grands que le Peuple honore, en qui le Peuple se confie, s'élevant contre le Peuple, viennent de l'accuser devant le Tróne de vouloir renverser la Monarchie par les téméraires demandes. Et que demande-t-il? Ce que la Noblesse, ce que le Clergé, ce que la Magistrature avoient demandé avant lui et sembloient demander pour lui, la Liberté Publique et la Réforme Nationale. Quand tous la demandoient, ignoroient-ils ce qu'ils demandoient? Quand ils nous pressoient tous de réunir nos voeux au leur, nous offroient-ils une libre association ou un appas trompeur? C'est-il fait un changement dans leur intérét, ou une revolution dans leur esprit? Ombre impartiale! écoutez la voix de leur Parti, et jugez le nò tre.
On dit que le Peuple conspire de tout coté contre la Noblesse, le Clergé et la Magistrature. Voici la conspiration: exclus des emplois bril-lans de l'Année, il ne lui est permis que d'y mourir; exclus des hautes dignités de l'Eglise, il ne lui est permis que d'y travailler; exclus des places importantes des Tribunaux, il ne lui est permis que d'y solliciter; exclus du partage égal de l'Autorité legislative dans les États-Généraux, il ne lui sera permis que d'y payer à genoux!
Voilà la conspiration du Tiers-État: voici celle des deux premiers Ordres. Le Roi les a rassemblés deux fois autour de lui pour les consulter sur les intéréts du Tróne et de la Nation: qu'ont fait les Notables en 1787? Ils ont défendu leurs privilèges contre le Tróne. Qu'ont fait les Notables en 1788? Ils ont défendu leurs privilèges contre la Nation. Le Tróne n'a donc d'ami que la Nation, et la Nation d'ami que le Tróne. Tant que