Rassegna storica del Risorgimento
CERUTTI GIUSEPPE ANTONIO; CERUTTI GIUSEPPE ANTONIO OPERE BIBLIO
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1989
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Giuseppe Antonio Cerniti
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les autres ont besoin du Prince, ils sont prosternés devant lui; cessent-ils d'en avoir besoin ou sont-ils mécontens? d'esclaves ils deviennent censeurs, et de soUiciteurs ils deviennent adversaires. Le Peuple, au contraire, se paye de promesses, se fie aux vertus, se résigne aux circonstances. Enfin la Noblesse voudroit Faveur sur Faveur, le Clergé Bénéfice sur Bénéfice, la Magistrature Pouvoir sur Pouvoir; le Peuple seroit content si l'on n'ajoutoit pas Abus sur Abus, Impòt sur Impót, Tyran sur Tyran. Prince équitable, c'est à vous que je le demande: est-ce conspirer que de transiger avec ses oppresseurs?
On parie avec un superbe dédain des nouvelles prétentions du Tiers-État: quelles sont ces prétentions nouvelles? D'avoir pour se défendre une arme égale à celle qui l'écrase depuis neuf cents ans; de traiter en Allié avec deux Ordres qui traitent avec lui en Despotes; de tenir la moitié de la balance, tandis qu'il supporte presque seul tout le poids du fardeau, tout le poids de la chaìne. Prince équitable, c'est à vous encore que je le demande: des droits éternels sont-ils des prétentions nouvelles?
Que le Tiers-État, ajoutent ses illustres Adversaires, se contente de solliciter humblement, et qu'il attende son sort de la générosité des Nobles. Est-ce une vaine ostentation? Est-ce une décision amère? Grand Dieu! Le devoir des Nobles regardé corame un bienfait! Le destin d'un Empire livré à une générosité douteuse! Le Tiers-État déchu de ses droits éternels, jusqu'à ce qu'il plaise à l'orgueil de les reconnoìtre!
Non content d'exclure le Tiers-État de ses droits éternels, il semble qu'on veuille le bannir mème de l'Histoire, il semble qu'on veuille l'effacer de nos Annales. On soutient que la Noblesse seule a place la couronne sur le front de Hugues Capet. Prince éclairé, vous qui connoissiez si bien les fastes de la Monarchie, vous le saviez: la Noblesse étoit bien plus disposée alors à démembrer le Tróne qu'à le donner; et lorsqu'Hugues Capet s'y assit, il eut pour aveu le silence de sa Cour, et pour consente-ment le silence de son Peuple. On soutient encore que- la Noblesse seule a rétabli le sceptre dans les mains de Charles VII: mais Jeanne d'Are qui opera certe revolution inattendue, l'armée qui combattit sous cette Héroine, les Villes, les Hameaux qui se soulevèrent contre l'usurpateur étranger, étoient-ils la Noblesse? Mais la Noblesse qui avoit appelé les Anglois, le Due de Bourgogne qui avoit fornente les partis, l'Evèque de Beauvais qui precipita sur un bùcher infame la Liberatrice de Charles VII et du Royaume, étoient-ils le Peuple? On va jusqu'à soutenir que la Noblesse seule, par sa valeur et sa fidélite, a fait triompher Henri IV. La liste de ses ennemis et de ses partisans est consignée dans notre Histoire: un Écrivain célèbre a calculé le nombre des uns et des autres, et il n'a trouvé dans la classe des partisans qu'un seul gentilhomme de plus.1* Et qui avoit trame la ligue? Est-ce le Peuple? Et qui avoit arme le Moine Clément du poignard regicide? Est-ce le Peuple? Et qui fut soupeonné d'avoir dirige le fer abominable de Ravaillac sur le sein d'un
fy Dans tuie Lettre de Henri IV a un Gentilhomme Béarnois, on lit ces propres paroles au sujet d'un autre Gentilhomme: Déliez-vous de lui: tous les autres m'ont trahi sana me tromper; mais eelui-ci me trompera beaucoup sii ne me trahit pas .