Rassegna storica del Risorgimento

CERUTTI GIUSEPPE ANTONIO; CERUTTI GIUSEPPE ANTONIO OPERE BIBLIO
anno <1989>   pagina <152>
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Mario Battaglini
Monarque adoré du Peuple, pleure du Peuple d'alors, pleure du Peuple d'aujourdliui? Est-ce le Peuple? Est-ce le Peuple qui trama ensuite la Fronde; qui ordonna les Barricades; qui fit tonner les Parlemens et le canon contre Louis XIV; qui repoussa son armée et son enfance; qui voulut étouffer dans son berceau le plus beau siècle de la France? Conce-vez-vous, grand Prince, qu'on donne un dementi public à tous les faits publics les mieux constatés?
Ils sont plus équitables lorsqu'ils exaltent la bravoure des Nobles. Tout l'Univers rend hommage à cette bravoure: ma voix n'est pas assez distinguée pour espérer de pouvoir ajouter un dégré à l'admiration una­nime. Mais je puis, mais je dois réclamer celle qui est due en mème temps au simple Soldat Francois, le seul Soldat qui joigne au courage qui nous élève au-dessus des autres, l'honneur qui nous élève au-dessus de nous-mème. Sans rien retrancher à l'honneur des Officiers Francois, on peut dire qu'il est nourri à l'école des bons principes, soutenu par la vue lointaine ou voisine des brillans emplois, anime par les sons éclatans de la Rénommée. La Cour, la Société, les Académies, les Théàtres leur tressent des couronnes. L'honneur du simple Soldat n'a pour couronne que l'éloge de son Chef; pour théàtre que la vue de ses camarades; pour école que le champ de bataille. On diroit qu'il se revèt de l'honneur en se revètant de son armure. Paroissez, Grenadiers Francois, montrez-vous à nos Princes, sans audace et sans crainte; leur valeur écoutera la vòtre: racontez vos exploits, vos sièges, vos batailles, et vos mots supérieurs quelquefois aux mots les plus célèbres des Grecs et des Romains. Je me souviens qu'un jour l'on citoit devant vous, grand Prince, le trait de ce Grenadier qui, voyant à coté de lui un jeune Officier encore enfant, dit à son camarade: Cet enfant ne peut nous suivre, place-le sur mon dos: au moms s'il y a un coup mortel à recevoir, je l'en garantirai . Je me souviens qu'à ce récit vos yeux se mouillèrent de larmes, et que vous dites d'abord: Ah! si le pére et la mère de cet enfant avoient entendu cette parole! Ensuite vous dites en essuyant vos yeux: Le Gre­nadier Francois est le Spartiate des Modernes, et l'Officier Francois en est l'Athénien. Avec le dernier, Thémistocle eut affranchi la Grece; avec le premier, Alcibiade eut soumis la Perse . Réflexion d'autant plus juste, que ce qui distingue l'Officier Francois du Soldat Francois, ce n'est pas la bravoure, mais l'humanité, mais l'instruction. Cet avantage mème tourne au profit de notre Cause: car, je ne crains pas d'en èrre dementi, tous ces Officiers instruits et humains sont pour le parti national: accoutumés à défendre la Patrie, c'est elle qu'ils considèrent ici, et non la vanite; exercés à combattre les ennemis de l'Etat, ils sont disposés à immoler des privilèges qui sont les ennemis de l'Etat. Ombre sublime! que ne pouvez-vous apparoìtre au milieu de l'Armée Francoise, et passant de rang en rang, interroger nos plus braves Guerriers! vous verriez, à votre aspect, au nona du Roi, au nom de la Patrie, tous les drapeaux s'agiter, tous les regards étinceler, tous les genoux et tous les glaives s'incliner. Oui, la réponse de l'Armée seroit la nò tre. Elle ne crieroit pas: Noblesse, Clergé, Magistrature; mais elle crieroit comme nous: France! France!
Après avoir accuse le Peuple, on accuse jusqu'à ses Défenseurs. On se plaint qu'ils ont pi ai de sa cause sans étude et sans connoissances: quel siècle instruit, que celui où les Chefs de l'Etat sont assez savans