Rassegna storica del Risorgimento

CERUTTI GIUSEPPE ANTONIO; CERUTTI GIUSEPPE ANTONIO OPERE BIBLIO
anno <1989>   pagina <154>
immagine non disponibile

154 Mario Battaglini
Monarque héritier de vos sentimens: Vous avez promis de faire le bonheur de vingt-six millions d'hommes, et cinq à six cents mille exigent de vous le sacrifice de tous les autres! C'est comme s'ils vous demandoient d'abdi-quer votre Empire; car les Nobles composent votre Cour, et le Tiers-Etat votre puissance. C'est à vous seul enfin que j'ose confier la plainte d'un Peuple que vous aimiez, et qué l'on outrage. Couvrez de votre nom sacre un Écrivain sans nom, mais sans cabale et sans intérèt; un Écrivain qui abhorre la sédition comme l'injustice; qui voudroit restituer au Peuple tous ses droits, excepté cerni de combattre, assurer à la Noblesse tous ses privilèges, excepté celui d'usurper; qui est plein de zèle pour la cause qu'il défend, et plein de respect pour les Adversaires qu'il réfute; qui enfin n'a pas oublié que le Tiers-État, dans les Assemblées Nationales, paroit à genoux devant le Monarque; mais qui s'est souvenu du mot sublime de Sénèque: la vertu doit lutter mème à genoux: Etiam de gemi pugnai.3)
MEMOIRE POUR LE PEUPLE FRANCOIS
Deux siècles de grandeur avoient couvert les plaies de la France: une main imprudente a déchiré le voile, et le mal a paru dans toute son étendue. La terreur publique l'a exagéré encore; l'espérance a cherché un remède. On conseille l'air natal à un malade éloigné de sa patrie: de mème on croit sauver un État qui chancèle, en le rappelant à sa consti-tution primitive. La Nation Francoise a passe d'un gouvernement mixte à un gouvernement féodal, et d'un gouvernement féodal à un gouvernement absolu. La voix courageuse qui a demandé et obtenu les Etats-Cénéraux, sembloit avoir demandé et obtenu une Monarchie populaire. Tout-à-coup cette voix se dément, et semble, en réclamant la forme des Etats-Généraux de 1614, nous rejeter vers l'Aristocratie féodale. Le su jet de nos espé-rances est devenu celui de nos disputes: des intérèts obscurs se sont
3) J'ai répondu aux accusations, et non aux Accusateurs. L'importance et la publicité des accusations ordonnoient une réponse courageuse: l'élévation et les vertus des Accusateurs imposoient un silence respectueux. Sì j'osois le rompre, ce scroit d'ajouter à la soumission qui leur est due à tous, l'admiration que l'un d'eux m'a inspirée, depuis quJen approchant de sa personne, j'ai été le témoin et quelquefois le confident de ses lumières. Les Prìnces, nés dans la puissance et accoutumés à la générosité, prennent de l'une et de l'autre une grandeur d'ame qui semble naturelle, et qui s'accroit par Iliabitude. Tant qu'ils consultent leurs sentimens, ils penchent vers la bonté. Mais s'ils consultent leurs sociétés ou leurs favorìs, ils penchent quelquefois vers l'injustice. Montesquieu l'a dit; les Princes qui emprimiera la raison d'autrui, engagent trop la Jeur, qui. souvent vaut mieux. Le mème Auteur a dit: Les Princes sont forts quand ils commandent, et falbìes quand ils disputent. C'est qu'on a ime à leur obéir, mais non à leur sacri fi er sa pensée. Indépendante et 'fière, la pensée veut errcr librement; elle s'affranchit des Jiens qui arrGteroient son voi bardi) elle piane sur la fiamme des buchers, sur les tours des forleresscs: rien ne peut l'attcindre, rien ne peut l'cnchaìner; et si quelquefois le pouvoir injusie essayoit de l'opprimer, elle aimeroit mieux paroitre rebelle, que d'étre esclave.