Rassegna storica del Risorgimento
CERUTTI GIUSEPPE ANTONIO; CERUTTI GIUSEPPE ANTONIO OPERE BIBLIO
anno
<
1989
>
pagina
<
163
>
Giuseppe Antonio Cerutti
163
sophe! ferez-vous un crime au Peuple de se souvenir de ses Héros? Athènes, Sparte, Rome avoient aussi des familles alliées de la gioire. Elles leur prodiguoient de mème Ies distinctions.18)
Les distinctions honorifiques, voilà donc la prerogative incontestable des Nobles. Mais plus elle les élève, plus elle les oblige, et la classe la plus illustre de l'Etat doit en ètre la classe la plus généreuse. Comblée de graces par le Tròne, voudroit-elle appauvrir le Tròne? Chargée des trésors du Peuple, voudroit-elle affamer le Peuple? Voudroit-elle tout tirer de l'Etat, et ne lui payer rien? Ils ont verse leur sang pour le défendre; mais le Peuple a-t-il été avare du sien? Et puisque leurs veines ont payé le mème tribut, pourquoi leurs champs refuseroient-ils de payer la mème subvention? l9> Ils parlent de la prerogative héréditaire de leurs Fiefs; mais ils n'ignorent pas que tous les Fiefs dans l'origine étoient la solde des Armées. La prerogative héréditaire des Fiefs seroit par conséquent une obligation, une redevance héréditaire. Ainsi, redevables par la loi, rede-vables par lTionneur, se formeroient-ils des droits plus légitimes que ceux-là? Oseroient-ìls prétendre à tous les honneurs, et en méme-temps à toutes les exemptions? Oseroient-ils plus encore? Conspirant contre le Peuple et contre le Monarque, tenteroient-ils de renouveler l'Olygarchie féodale? Un Ecrivain célèbre, visitant les ruines du chàteau de Lusignan au milieu d'une forèt sauvage, et se rappelant le despotisme des temps seigneuriaux, crut voir dans ces restes dégradés le squélette d'une bète feroce: voudroit-on ressusciter ce squélette hideux?20)
18) La Noblesse est un souvenir, a dit M. le Comte de Lauraguais: elle est au Tiers-Etat, ce que la Fable est à l'Histoire, 11 faut convenir que la vanite abuse quelque-fois de cette Mytologie, et que les Généalogìstes ont fait bien des Dieux ridicules. D'Alembert comparoit un -Noble qui n'avoit d'illustre que ses ancétres, à un vieillard commun qui se seroit distingue dans son enfance.
W) Un Gentilhomme des Etats du Dauphiné disoit, pour soutenir la primatie de
la Noblesse: Songez à tout le sang que la Noblesse a verse dans les batailles .
Un horarae du Tiers-Etat lui répondit: Et le sang du Peuple verse en méme-temps, étoit-il de l'eau?.
20) Etudes de la Nature, toni. 2, pag. 95.
M. Poivre, dans son Voyage Philosophique, dit avoir trouvé le Gouvernement féodal en vigueur dans quelques iles asiatiques, et il ajoute que ce sont les seules où les terres soient mal cultivées. Je n'en fus pas surpris, observe-t-il: le regime féodal a tous les vices du regime fiscal, et son industrie de moins.
M. Paw rapporte aussi, dans les Recherches philosophiques sur les Grees, plusieurs passages d'Aristote, de Plutarque et de Diodore de Sicile, qui attribuent une partie des calami tés de la Grece aux priviléges que les Nobles s'arrogeoient, et qu'ils déjendoient souvent, dit 11, mieux que la patrie.
La classe patricienne à Rome étoit plus équitable, quoiqu'elle fùt assez tyrannique. Elle eontribuoit au trésof public selon Ies propriétés, et elle partageoit également le fruit de ses conquétes avec la classe plébéienne qui venoit de conquérir avec elle: souvent mème les dépouilles des peuples vaincus étoient distribuées entièrement à la multi tude, On lui dislribuoil du blé dans toutes Ics disettes, et on lui donnoìt des fetes et des spectacles gratis. Les Sénateurs rachetoient ainsi leurs distinctions, et couvroient leur dominaiion de leurs libérali tés. Mais les Chevalicrs Romains furent moins justes; et, non contens du gain qu'ils falsolent sur la perception des finances, ils obtinrent des exemptions. Au moins ces exemptions ne passèrent-elles pas pour des