Rassegna storica del Risorgimento

CERUTTI GIUSEPPE ANTONIO; CERUTTI GIUSEPPE ANTONIO OPERE BIBLIO
anno <1989>   pagina <172>
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Mario Battaglini
ne voulez pas l'avoir tòt ou tard pour adversaire. Accordez-lui sa part, et il vous laissera la vótre. Toutes les révolutions politiques, dit Shéridan,35* viennent de l'inégalité extrème des partages. L'inégalité extrème des par-tages enfante de mème toutes les haines fraternelles qui ruìnent les famil-les. Vous ètes les ainés de la famille nationale: gardez le droit d'ainesse et les honneurs qui l'accompagnent; mais ne déshéritez pas, ne déshonorez pas le peuple innombrable et modeste de vos frères inférieurs. Vous crai-gnez-leur invasion: on n'envahit que lorsqu'on est dépouillé ou lorsqu'on est insatiable; et quel est, depuis l'origine de la Monarchie, quel est, d'une part, l'ordre constamment insatiable, et de l'autre part l'ordre constamment dépouillé? Vous craignez qu'agrandi tout-à-coup, il ne s'étende comme un torrent: arréter un torrent est impossible; le braver seroit insensé; il vaut mieux lui tracer un lit qui le contienne et le pacifie: s'il y a du perii à trop encourager le peuple, il y a de l'imprudence à le trop décourager et de la folie à l'irriter à l'excès. Vous craignez qu'il ne vous rivalise et n'ambitionne vos places: détrompez-vous: si le voisinage excite la jalousie, les gradations servent de limites; et l'orgueil qui s'exalte de loin, s'incline de près. Nulle part les conditions ne paroissent plus confondues qu'au Parlement d'Angleterre, et nulle part les places ne sont mieux séparées; le mur qui les divise semble immuable.36) Vous craignez que les chefs de la multitude ne tentent d'abaisser le rang que tient la Noblesse et le Clergé; mais ils aspirent en secret à y monter un jour eux-mèmes, ou à y faire monter leurs descendans, et ils se gar-deront bien de dégrader leur plus brillante perspective: panni eux, plu-sieurs se croient déjà Nobles, et le reste compte le devenir. S'ils sont à vos pieds par l'opinion, ils y sont aussi par l'espérance. C'est vous qui avancez leurs familles; vous qui sollicitez leurs causes, à vous qu'ils sou-mettent leur ambition, à vous qu'ils allient leurs trésors avec leurs filles. Vous oraignez que leur parti ne se fortifie d'un nombre de transfuges du vótre: si plusieurs Grands penchent vers le droit naturel, combien des Membres du Tiers-Etat penchent vers les priviléges étendus sur leurs places et sur leurs possessions. Loin de pouvoir jamais prédominer sur la classe intéressée, la classe désintéressée sera toujours la moins nom-breuse; et la dimculté n'est pas seulement de convoquer le Tiers-Etat, mais d'en trouver un véritable en France: tous brùlent d'en sortir. Vous crai­gnez, enfin, qu'ils n'ébranlent le Tróne et les Autels; mais ils sont liés au Tróne par tous les intéréts, et aux Autels par toutes les opinions; et l'esprit royaliste, ainsi que l'esprit religieux, n'a pas de sujet plus fidèle que l'esprit populaire.
Ne dissimulons pas une observation trop juste: ceux qui aujourdliui
35> Histoire de la dernière revolution de Suède. Le dlscours qui est à la tète, est un chef-d'ceuvre de simplicité profonde et de clarté réfléchie.
36) M. l'Abbé de Mably n'a pas jugé si bien que M. Shéridan: il croyoit que le systéme anglois ne durcroit pas dix ans, et que le Sénat de la Suède seroit à jamais durablc. L'Ouvrage dans lequel il faisoit cette belle prophétie n'étoit pas encore achevé d'étre imprimé, que le Sénat de Suède n'existoit plus. On l'en avertit. Il répondit: Le Roi de Suède peut eh anger son Pays, mais non mon livre .