Rassegna storica del Risorgimento
Risorgimento. Storiografia
anno
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2001
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pagina
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222
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222 ,x Jean-Yves Frétigné
Ce sonnct célèbre de Sully-Prudhomme montre avec beaucoup de force et d'une manière très vivante que les hommes sont unis par les liens de la plus étroite solidarité et qu'ils ont pour devoir de s'cntr'aidcr et de s'aimer.
Le poète a fait un songe. Il se volt abandonné et rejeté par tous les autres hommes. Le laboureur, le tisserand le maon, c'est-à-dire cèux qui pourvoient aux trois plus grandes nécessités de la vie matérielle, nourriture,. vètement et abri, refu-sent de travailler pour lui. Repoussé des hommes, il implore en vain la Divinité, et, pour comble de misere, les bétes féroces se dressent menacantes devant lui. Cette vision terrible le réveille; mais l'impression ressentie a été, si forte qu'il rnet un certain temps à reprendre conscience de la réalité. Pourtant, plus de doute: il entend la rumeur joyeuse du travail à la ville et dans les champs. Près de lui, les macons bàtissent des maisons, les métiers bourdonnent, la semence lève dans le sillon. Il sent vivement alors combien il a besoin des autres hommes, quels ser-vices immenses il en recoit et depuis ce jour il éprouve pour eux un fraternel amour.
La solidarité, dont le poète nous présente un tableau si frappant, est un phénomène qui prend une importance de plus en plus grande avec revolution de la soeiété et les progrès de la civilisation, Grace à la division du travail et à la facilité des Communications, les liens qui unissent non seulement les hommes d'un méme pays, mais encore les diverses nations, deviennent de plus en plus nombreux et vont se resserrant de jour en jour. H suffit, pour s'en rendre compte, de songer aux conditions si multiples et si complexes de la vie moderne et au nombre incaleulable de travailleurs de toutes sortes et de tous pays qui contribuent à la satisfacaon de nos besoins. Et ce n'est pas seulement dans l'ordre matèrici, comme semble l'indiquer le sonnet, que cette solidarité apparali, c'est aussi dans l'ordre intellectuel et dans l'ordre moiaL Toutes les découvertes de la science, tous les chefs-d'ouvre de la littérature et de l'art n'appartiennent pas uniquement à leurs auteurs, mais bien à la soeiété tout entière, et il n'est pas un de nous qui, à des titres divers, n'en tire quelque profìt. De mème, les vérités morales et sociales, qui règlent les rapports des hommes et des peuples, ne sont pas Tapanage des philosophes et des penseurs qui les ont mises en lumière; elles forment comme le patrimoine commun de l'humanité, et elies s'imposent avec la méme force à tous les membres du corps social.
L'homme, en venant au monde, participe à tous les bienfaits de la civilisation, et cette civilisation n'est pas oeuvre exclusive de ses contemporains; elle est le resultar des efforts accumulés des générations antérieures, c'est comme un capital enorme qu'ont amasse nos ancètres et qu'ils nous ont légué. /Vinsi tout homme contraete en naissam une dette envers la soeiété; et il est solidaire, non seulement des hommes de son temps mais encore de tous ceux qui, dans les siccles passcs, ont collaborò à l'améliorarion de la condition humaine. Il a doiic le devoir de faire tous ses efforts pour rendre à Ja soeiété les services qui sont en son pouvoir et